HELLFEST 2026 – Le live-report !

Chaleur extrême, nuits courtes, hygiène aléatoire, expérimentations culinaires, challenges auditifs, … et du monde partout ! Des fans pressés, des gens hagards errant sans but, des corps étendus dans l’herbe sèche et la poussière, des mosh-pits, des walls of death, des files d’attente interminables aux bars, aux points d’eau, aux sanitaires et au merch’ … et au programme 183 groupes dont 85 foulent pour la première fois les planches du festival !
IRON MAIDEN, BRING ME THE HORIZON, LIMP BISKIT, MEGADETH, ANTHRAX, MASTODON, DOWN, HELLOWEEN, … Un live-report réalisé en direct du mosh-pit, collé aux crash-barrières, au cœur de l’évènement !
Mercredi 17 juin :
La 19ème édition du HELLFEST est lancée. Toujours plus grand, toujours plus démesuré, le plus grand festival Metal de l’hexagone transforme durant quelques jours la paisible bourgade de Clisson en terre promise pour des hordes de fans qui déferlent par bus, trains, vans, voitures, des quatre coins de France et même du monde entier pour quatre jours hors du temps, quatre jours (et nuits) de déconnexion totale et de célébration !
Déluge de watts et de décibels, soleil de plomb, poussière et sueur, le contexte cadre parfaitement avec l’affiche de cette nouvelle édition, révélée le 10 novembre dernier alors que l’intégralité des billets s’était déjà envolée en une heure dès la mise en vente en juillet 2025.
Une affiche en béton avec un line-up sans concession loin des polémiques de l’édition passée avec pas moins de 183 formations dont 85 vont se produire pour la première fois à Clisson.
Et tout en haut, quatre headliners à l’image de la ligne que s’est fixé le festival depuis ses origines, à savoir « les musiques extrêmes » et pas seulement le Metal : BRING ME THE HORIZON qui ouvre les festivités le jeudi, IRON MAIDEN qui fête ses 50 ans de carrière avec la tournée Run For Your Lives le vendredi, LIMP BISKIT le samedi et le punk-rock de THE OFFSPRING pour clôturer le festival le dimanche.
Ce mercredi prend une fois de plus la forme d’une veillée d’arme : Installation, récupération des bracelets, retrouvailles avec les potes, passage rapide dans un Metal Market irrespirable tant la température y est élevée, tournée dans le Hell City, ses boutiques et ses quatre scènes alternatives : la Hell Stage, la Purple House, le Metal Corner et la brasserie Hellcity sur lesquelles des jeunes pousses rivalisent déjà en plein après-midi à grands coups de riffs Thrash, Metalcore, Punk ou simplement Rock et ce durant tout le week-end !
NO TERROR IN THE BANG, ODC ou encore Will BARBER font partie de cette myriade de groupes qui vont tout au long du week-end se faire les dents sur ces planches, disséminées dans le secteur du Hell City à côté du site du festival mais accessible aux seuls festivaliers munis de leurs précieux pass.

Jeudi 18 juin :
Les portes de l’Enfer s’ouvrent en tout début d’après-midi et libèrent des hordes de fans qui déferlent sur l’herbe encore verte du site. Les files s’allongent devant le Sanctuary où s’arrache le merchandising du festival, des milliers de festivaliers bravant le soleil accablant durant des heures pour s’offrir tee-shirts et autres accessoires souvenirs.
Devant la Main Stage 01, le cadre est posé. Metalcore et accordages bas sont de la partie. WE CAME AS ROMANS, THE PLOT IN YOU, BREAKING BENJAMIN, les nouvelles générations de fans s’en donnent à cœur joie avant qu’en fin de soirée, les immenses PAPA ROACH ne retournent la fosse, préparant les plus résistants à la déferlante BRING ME THE HORIZON.
Les fameux anglais de BRING ME THE HORIZON et leur emblématique leader Oliver « Oli » Sykes, superstars de la scène post-Hardcore – Metalcore – leader, qui vont mettre à genoux le public à grands coups de « DarkSide », « Kingslayer » et d’un « Antivist » de folie sur lequel Oli invite un fan à le rejoindre au micro, fans qui n’est autre que Will Ramos de LORNA SHORE ! Folie totale dans le pit !

On aime ou on déteste, les vestes à patches ont du mal à se remettre d’un style qui fait un carton chez les jeunes, ça joue avec des accordages très bas, le son est super compressé, ça mixe growls et chant « émo », c’est plein de samples, … ça n’est pas du gros métal barbare avec des poils partout mais ça fait un carton !
Juste à côté, la Main Stage 02 n’est pas en reste pour cette première journée. MIKKEY DEE AND FRIENDS débarque sur scène pour une poignée de covers de MOTORHEAD, ravissant ceux qui savent encore que la statue située entre la Warzone et la Valley Stage n’est pas celle d’un cowboy mais celle de LEMMY ! Point marquant du set, la venue au micro de Chuck Garric, le très solide et respecté bassiste d’Alice COOPER pour un « Killed by Death » de premier choix !
L’affluence est forte devant cette même scène pour accueillir THE PRETTY RECKLESS. Est-ce la qualité du Rock du combo new-yorkais qui attire tant les foules, ou bien la plastique et la voix bluesy toute en nuances de sa chanteuse Taylor Momsen, ou bien les deux ! ? Toujours est-il que le groupe qui tourne intensivement depuis deux ans en ouverture d’AC/DC aux quatre coins du monde remporte un vrai succès en cette chaude après-midi, préparant la fosse à la suite, à savoir un DEEP PURPLE qui va remettre les pendules à l’heure à nombre de prétendants quelques fois trop empressés devoir ces piliers de l’histoire du rock se retirer des spotlights.

Un « Pourpre profond » qui revient au HELLFEST après son passage marquant en 2024, toujours avec son guitariste Simon McBride, successeur d’un Steve Morse qui personnellement me manque beaucoup.
Pendant ce temps, ça ne chôme pas sur les autres scènes. Après que les suédois de TRUCKFIGHTERS nous aient fait mettre la poussière de la Valley Stage en suspension avec leur Rock Stoner bien frappé, direction la Altar Stage et la grosse sensation de la journée avec les américains de RIVERS OF NIHIL et leur death-Prog’ mâtiné de saxophone pour les meilleurs moments de leur discography, de « Rivers of nihil », « The Works » et de « Where Owls know my name ». Moment magique, prolongé par les suédois de THE HALO EFFECT.

Drivés par Michael Stanne, le chanteur de DARK TRANQUILLITY, les anciens d’IN FLAMES Daniel Svensson, Peter Iwers et Niclas Engelin vont durant 45 minutes ravir les fans de leur death mélodique typiquement scandinave et fortement inspiré par leur précédent combo. Même s’ils s’en défendent, l’inspiration des garçons lorgne forcément vers l’illustre combo de Gotheborg mais ça joue, et ça joue bien ! A noter que le quatrième ex-IN FLAMES du combo, Jesper Stromblad était remplacé sur la tournée actuelle par Patrik Jensen, le très efficace guitariste de THE HAUNTED.
Retour devant la Main Stage 02. Il est déjà 22h30 et Alice COOPER lance son set pour ce qui est son sixième passage sur les planches du HELLFEST, après 2010, 2015, les eux éditions de 2022 et 2024 ! Et la magie opère toujours ! Flanqué de ses porte-flingues habituels, Chuck Garric à la basse, Tommy Henriksen et Ryan Roxie aux guitares et Glen Sobel à la batterie, Alice complète son groupe avec la jeune guitariste britannique Anna Cara, remplaçante sur la tournée actuelle de Nita strauss en congés maternité ! Gros carton et du bonheur plein les yeux pendant 60 minutes durant lesquelles les hits succèdent aux hits, de « No more Mr. Nice Guy » à « School’s out » en passant par « Dirty diamonds », « Poison » ou encore « Cold Ethyl », avant de conclure par la surprenante et inattendue cover du « Smell like teen spirit » de NIRVANA !

Pendant que BRING ME THE HORIZON blinde la Main Stage 01 avec une production monstrueuse, direction la Altar Stage où l’immense chapiteau est déjà plein à craquer. L’atmosphère est irrespirable entre la chaleur accumulée toute la journée, le public compact et tout en sueur, … et les effluves acides des toilettes situées jute à côté … Mais on s’en moque, car c’est l’heure de célébrer le retour d’IGORRR à Clisson.
Quel parcours depuis 2017 et cette « première fois » lorsque Gautier Serre s’était présenté sur la Temple Stage avec ses musiciens, ses samples et ses platines ! Déjà, cette première claque nous avait prévenu sur la folie créatrice du garçon et depuis, ses tournées incessantes, les albums qui ont suivi « Savage sinusoïd » et un deuxième passage en 2022 avaient confirmé le talent de cet artiste, accompagné ce soir par un groupe au top de sa forme.
« Spaghetti forever », « Nervous Waltz », Polyphonic Rust », « Infestis », il faut une sacrée dose de concentration pour s’y retrouver dans la setlist tant les structures de chaque titre vous perdent au moindre détour. Chant choral, growls, blastbeats, samples, IGORRR s’applique à déstructurer tous nos repères et le public en redemande. « Himalaya Massive Ritual », « Camel Dancefloor », chaque titre assaille les neurones et on pourrait en perdre la vue, avant que « Opus Brain » ne finisse le travail.
Immense ovation pour Gautier et ses acolytes, le public est sur les rotules, désarticulé par la vague de folie qu’il vient de subir. Et pourtant, il faut continuer, poursuivre la soirée, coûte que coûte, alors direction la Warzone et le set de SOCIAL DISTORSION, ce groupe majeur du punk américain qui n’en finit pas de ravir ses fans depuis la fin des 70’s.
Le groupe de Mike Ness a tout connu. Le succès, les séparations, la drogue, les galères de tournée et a influencé des wagons de groupes avec entre autres perles, l’album « White Light, White Heat, White Trash ». Un show en forme d’uppercut au foie et dont chaque riff nous rappelle ô combien la musique de S.D. percole dans celle des RAMONES, D.A.D., BACKYARD BABIES et autres VOLBEAT, pour ce citer que ceux-là !
Il est 02h00 du matin, clap de fin pour une première journée d’un week-end dont l’intensité ne va aller qu’en croissant !
Vendredi 19 juin :
S’il y a bien une journée qui donne le vertige dans la programmation du HELLFEST 2026, c’est bien celle de ce vendredi tant le running-order propose de pépites, que ce soit sur les Main Stages ou les quatre autres scènes.
Et ça démarre fort dès 10h30 avec URAVENA, les premier groupe polynésien programmé dans l’histoire du festival sur la Main Stage 02. Une dose de Métal « Ma’ohi » pour un combo découvert à travers le documentaire « Metal Pacifique » qui remporte plus qu’un succès d’estime sur la grande scène dont le pit est sacrément fourni en cette heure matinale.
Pendant ce temps, les franco-espagnols basques d’IMPUREZA sévissent sur la Altar Stage et malgré un ingé-son aux abonnés absents sur les deux premiers titres, font un carton avec leur Death saupoudré de flamenco absolument unique et terriblement visuel.
Et le Métal tricolore continue de marquer ce début de journée avec sur la Temple Stage l’entrée en scène de MOURIR, le combo toulousain dans lequel on retrouve des membres des non moins remarquables PLEBEIAN GRANDSTAND. Du Black, de la violence, du décapage sonore, la décharge de watts réveille les retardataires et la fosse se laisse porter par l’acidité du moment, et on replonge avec joie dans les souvenirs laissés à nos tympans par un album tel que « Animal Bouffe Animal », paru en 2020.
Pas le temps de trainer car au même moment, BLACKRAIN sévit sur la Main Stage 01. Moment fort évidemment lorsque l’on sait la relation longtemps contrariée entre le groupe et l’organisation du festival. Mais il semble que ce soit du passé et c’est tant mieux, car les parisiano – savoyards font parler la poudre devant un public averti. « Tell me why », « Blast me up », « Hellfire », le groupe vend chèrement sa peau et chaque titre témoigne de l’acharnement des quatre garçons à s’imposer, album après album, tournée après tournée, dans un univers Heavy-Sleaze rock plus que disputé par la concurrence !

Deux mentions spéciales à décerner pour l’occasion : la première pour le batteur Franky qu’on est forcément heureux de revoir sur une des Main Stages et devant un public si nombreux, et la seconde pour Jerem G, dont les solos ont illuminé cette fin de matinée. Un excellent moment donc, bonifié par WINGS OF STEEL sur la même scène.
Les californiens, qui bénéficient en France d’un énorme soutien promotionnel n’en finissent pas de labourer l’hexagone et leur Heavy US qui lorgne sur QUEENSRYCHE, CRIMSON GLORY ou encore la Vierge de Fer fait un malheur dans les premiers rangs. Pourtant pas aidé par un mix brouillon et une chaleur déjà très conséquente, le groupe nous livre les meilleurs moments de ses deux albums « Gates of Twilight » et « Winds of time » dont les titres éponymes sont magnifiés par la voix de Leo Unnermark et le jeu de guitare de Parker Halub, le tout sous le regard de Michael Wilton du ‘RYCHE, installé en simple fan dans le public.

Pas de temps mort, direction la Altar Stage, où public réserve un accueil triomphal à CRYPTA. Les brésiliennes, drivée par une Fernanda Lira diabolique nous livrent un set de feu avec en point d’orgue « Trail of Traitors » et le final « From the ashes ». Et ce n’est pas l’absence de chant en façade sur le premier titre qui va ternir le moment, tant l’énergie du groupe et l’adhésion totale du public magnifient l’instant ! Génial !
Retour sur les Main Stages où SORTILEGE remet le couvert après son show ici-même en 2022. Encore sur son petit nuage après les trois shows donnés en ouverture de SAXON au printemps dernier, le groupe affiche une grande cohésion et offre au public une téléportation dans les années ’80 avec « D’ailleurs » ou encore « Chasse le dragon », issus des albums références que sont « Métamorphose » et « Larmes de Héros ». A revoir dès septembre prochain au Pyrenean Warriors Open Air !

Pause fraicheur au bar, bercé par le set des anglais de TESSERACT sur la Main Stage 02 et retour devant l’autre scène principale pour ce qui restera un des mes instants précieux du week-end, le show de QUEENSRYCHE. Bercé depuis plus de 40 ans par les riffs de « Warning », « Rage for Order » et du monumental « Operation Mindcrime », mon bonheur est total de revoir une fois de plus les cinq de Seattle fouler les planches.
Encore sous le choc du superbe concert donné début 2025 au Trianon à Paris, je me laisse totalement embarquer par « Operation :Mindcrime », « Warning », le magistral « Empire » et le final traditionnel qui arrive toujours trop vite « Eyes of the Stranger ». Le soleil tape fort, on est en plein après-midi, le groupe dispose d’un temps de jeu restreint et nous livre pourtant une prestation brillante, mené par un Todd LaTorre impérial au micro. Top classe !
A peine remis de mes émotions qu’ACCEPT investit à son tour la Main Stage 01. Si le show donné deux ans plus tôt sur la scène voisine ne m’avait vraiment pas convaincu, je me donne une nouvelle chance de me reconnecter à ce groupe qui a accompagné mon adolescence dans les ‘80s, et bien m’en prend surtout avec la montée sur scène de Todd LaTorre sur « Run if you can » et celle de Fredrik Akesson, la guitariste d’OPETH sur un « Fast as a Shark » meurtrier ! Vivement la tournée européenne prévue à l’automne prochain !


Arrive alors un de ces moments particuliers, durant lesquels vous êtes envahis par des émotions totalement opposées. SEPULTURA lance son set sur la Main Stage 02 et la joie de retrouver à nouveau les brésiliens s’entremêle avec la tristesse et l’amertume de savoir que le groupe d’Andreas Kisser tirera sa révérence au terme de la tournée actuelle. Le combo a décidé de finir en beauté et chaque date est l’occasion pour les fans de célébrer l’histoire de ces leaders du Métal tiers-mondiste, le fameux « Third World Posse », slogan que le groupe arborait sur son merch’ dans les années ’90.
Alors, on profite de l’instant présent, on savoure une dernière fois les riffs d’Andrea, la puissance de Derrick Green au chant et les rythmiques « tribal-thrash » du duo formé par Paulo Jr à la basse et le monstrueux batteur Greyson Nekrutman sur des monuments comme « Inner Self », « Kairos », Refuse/Resist » et autres « Beneath the Remains ». Les titres issus du récent EP passent allègrement le cap du live, le groupe invite l’ex-ARCH ENEMY Alissa White-Gluz, Dirk Verbeuren (MEGADETH), Frédéric Leclercq (KREATOR) et les membres de CRYPTA sur un « Kaiowas » chargé de promouvoir l’action de l’ONG Savage Lands, et voilà que « Roots Bloody Roots » vient conclure 50 minutes d’une dernière célébration sur le sol hexagonal.

Toujours en mode « essuie-glace », retour devant la Main Stage 01 où l’intro du show d’HELLOWEEN est lancée dans la sono. Le combo allemand, dont on ne donnait pas cher de la peau au milieu des années ’90 a merveilleusement donné le coup de talon salvateur pour remonter à la surface et n’en finit plus, depuis le début des années 2000 de se renouveler.
Après les deux « Hellish Tour » de 2008 et 2013 qui ont vu le groupe partager l’affiche avec GAMMA RAY et son leader Kai Hansen, le coup de génie est venu avec le concept des « Pumpkins United » qui réunit désormais Michael Kiske et Andy Derris au chant de même que le fameux Kai, à la fois troisième chanteur et guitariste aux côtés des piliers que sont Michael Weikath et Sacha Gerstner aux six cordes, de Markus Grosskopf à la basse et du métronome Daniel Löble à la batterie.
Cet attelage inédit qui tourne ainsi depuis presque dix ans n’en finit pas de sillonner la planète et remplit des salles chaque soir avec cette prouesse rare de renouveler son public et de rallier à HELLOWEEN de nouveaux fans, jeunes, à coté des fidèles qui suivent le groupe depuis les années ’80 et ’90.
Et ce soir, c’est parti pour 75 minutes de balade dans la discographie des citrouilles, hits après hits, de « Future World » à « Ride the Sky » en passant par l’imparable « I Want Out » et les indispensables « Dr Stein » et « Eagle Fly Free » en rappel, le tout parsemé de titres tout aussi entrainants, du récent « This is Tokyo » à « Power ». Le groupe est hallucinant de cohésion, les musiciens affichent un réel plaisir à être là àa part peut-être le non-chaland Michael Weikath qui, avec Janick Gers est certainement le guitariste à la gestuelle la plus agaçante du circuit. Mais ça, on en a l’habitude et on pardonne encore une fois à celui qui a participé à la composition d’une bonne partie des titres joués ce soir.

Pas le temps de se remettre de nos émotions que sur la Main Stage 02, OPETH entre en scène, pour sa 7ème présence à l’affiche du HELLFEST. Et comme en 2022, on en vient vite à regretter d’assister à un show des suédois sous un soleil rasant et encore brulant, alors que la musique de Michael Akerfeld et sa bande mérite l’ambiance plus appropriée d’une salle plongée dans le noir. Ça joue, ça joue extrêmement bien, on pourrait en prendre, en reprendre et en redemander encore mais le cadre général s’adapte mal à la musique si particulière du combo. Michael en joue, plaisante entre les titres, son humour très spécial ne touchant pas nécessairement chaque composante du public mais il a l’air de n’en avoir cure et régale ses fans en moins d’une heure et cinq titres, de l’essence même d’OPETH avec un final « The Drapery Falls / Deliverance » de toute beauté.
Arrive enfin le très grand morceau de la journée, et même de tout le weekend. Il est 21h00, la fosse est archi-comble et plus un seul carré d’herbe n’est laissé libre par un public qui de masse devant la Main Stage 01. Le traditionnel « Doctor Doctor » retentit dans la sono, sonnant le rappel pour tout fan de la Vierge de Fer qui se respecte. IRON MAIDEN est dans la place et la fosse exulte aux premiers accords de « Murder in the Rue Morgue ». Les musiciens jaillissent sur scène, emmenés par un Bruce Dickinson qui durant deux heures va capter l’essentiel de la lumière tant son chant d’une justesse sans pareil et son énergie concentrent toutes les attentions et ravissent les fans.

« Wrathchild », « Killers », Phantom of the Opera », « The Number of the Beast », le groupe opère un passage en revue de sa discographie depuis le premier album éponyme jusqu’à « Fear of the Dark », d’abord de manière chronologique puis de façon aléatoire, omettant tout de même de piocher dans le pourtant non dispensable « No Prayer for the Dying ».

« Infinite dreams », « Powerslave », « 2 minutes to midnight », le sublimissime « Rime of the Ancient Mariner » et son « water / water / everywhere » imparable, chaque titre emporte le public dans un univers parallèle avec Bruce en maître de cérémonie. Les anciens rideaux ont laissé la place à un backdrop numérique sur lequel un Eddie désormais pixelisé s’en donne à cœur joie, et « Run to the Hills » nous renvoie en 1982 ! La suite est tout aussi savoureuse, « Seventh son… », « The Trooper », Janick fait le pitre, Steve nous mitraille avec sa basse, Dave laisse ses solos ruisseler le long de sa stratocaster et Adrian apporte encore et toujours cette touche « rock » si caractéristique et nous fait rêver avec ses guitares Lado en forme d’étoile décentrée … comme sur la video du World Slavery Tour ! Derrière, le kit-batterie coincé dans l’aménagement du fond de scène semble presque caché mais son occupant, Simon Dawson abat un boulot monstre et fait honneur à son prédécesseur, l’irremplaçable et emblématique Nicko Mc Brain.

Le final « Aces High / Fear of the Dark / Wasted Years » est à l’image du reste du set. Une démonstration de puissance, la communion totale d’un groupe avec son public, un nouveau moment suspendu dans le temps et la marque d’un grand groupe dont on se demande jusqu’où il va nous emmener. Pour son quatrième passage au HELLFEST, IRON MAIDEN a une fois de plus frappé fort et fait honneur à sa position d’headliner, renvoyant les prétendants à la succession à leurs chères études. On n’espère désormais qu’une chose : que Bruce soit en 2027 à nouveau à l’affiche avec son projet solo !
Il est 23h00 et la Valley Stage est prête pour accueillir MASTODON, pour la cinquième fois dans l’histoire du festival, dont on peut dire qu’elle a accompagné celle du groupe depuis 2007 et la tournée de l’album « Leviathan ».
Mais le concert de ce soir a une tonalité particulière, tant MASTODON vient de traverser une période en forme de montagnes russes émotionnelles. Le départ de Brent Hinds, un de ses membres fondateurs et personnage pour le moins charismatique, dont la « gueule » a participé à forger l’image du groupe, puis la participation au « Back to the beginning », le concert-hommage à BLACK SABBATH et Ozzy Osbourne à Birmingham le 05 juillet 2025, et enfin la disparition tragique de Brent dans un accident de moto le mois suivant …
Le soutien des fans ne faillit pas et une vague d’enthousiasme accueille les quatre musiciens dès la fin de « Crazy Train », lancé dans la sono en guise d’intro. « Tread Lightly », « Motherload », le public chavire dès les premiers morceaux et quand Troy Sanders annonce un nouveau titre, « Your Ghost Again » composé en hommage à Brent Hinds, les larmes nous montent aux yeux tandis qu’une boule de billard nous compresse la gorge … Troy, Bill, Brann, les trois piliers de MASTODON donnent tout ce qu’ils ont, tels des survivants miraculés d’on ne sait quel naufrage. Sur le côté gauche de la scène, leur ami Nick Johnston qui les accompagne depuis près d’un an assure ses parties avec rigueur et déférence, tout en laissant les parties vocales que Brent assurait dans le passé à ses acolytes.

« Crystal Skull », « Black Tongue », « Megalodon », le groupe égraine ses titres comme autant de petits moments d’éternité. Le temps semble suspendu, la voix et la présence de Brent nous manque forcément, et le public envoie toute sa compassion aux quatre garçons qui la transforme en énergie. Un grand moment du week-end conclu par un grand « Blood and Thunder » qui nous met définitivement à genoux.
Il est tard, très tard, la fraicheur de la nuit s’est emparée de Clisson et sur la Warzone, la conclusion de cette deuxième journée est laissée aux frappadingues de THE DILINGER ESCAPE PLAN. Alors qu’on avait pleuré leur séparation il y a quelques années, voilà le groupe à nouveau debout, flanqué de son chanteur originel Dimitri Minakakis pour une heure de mathcore totalement déglingué, furieux à souhait. Cris, riffs radicaux, rythmiques déstructurées, violence, la fosse ne peut résister à un tel assaut et se fait embarquer dans la folie de l’instant ! La conclusion extrême d’une journée qui l’a été tout autant !

Samedi 20 juin :
Une troisième journée se prépare et les organismes sont mis à rude épreuve. Chaleur extrême, nuits courtes, hygiène aléatoire, expérimentations culinaires, challenges auditifs, … et du monde partout ! Des fans pressés, des gens hagards errant sans but, des corps étendus dans l’herbe sèche et la poussière, des files d’attente interminables aux bars, aux points d’eau, aux sanitaires et au merch’, … Il faut être sacrément préparé pour tenir le coup durant tout le week-end et l’affiche de la journée va à son tour mettre le public au défi !
LOCOMUERTE, BRUIT, COMBUST, FANGE, ESCUELA GRIND, les premiers groupes à arpenter les différentes scènes annoncent la couleur. Il y en aura pour tous les goûts, notamment pour ceux qui aiment leur Metal bien lourd et brulant !

GATECREEPER, SIDILARSEN, CANCER BATS, CRISIX, on file de scène en scène pour s’en prendre un maximum avant que le festival ne nous livre la polémique (ou la dinguerie ?) de cette 19ème édition. ENHANCER, ce groupe qui aux cotés de PLEYMO, AqME ou encore WUNJO a porté le courant Nu Metal hexagonal dans les années 2000 revient d’entre les morts pour un show exceptionnel au HELLFEST.
Et ses garçons ont amené avec eux des potes tout aussi turbulents qu’eux. Clément Rateau de BUKOWSKI aux guitares, Niko de THE ARRS sur un « Hardcore Version Dancefloor » qui fait décoller la fosse, … et la cerise du jour, l’arrivée sur scène de Joey Starr sur « J’arrive » et « Qu’est-ce qu’on attend ». Le public devient dingue et même si certaines vestes en perdent leurs patches, force est de constater qu’ENHANCER frappe un grand coup avec ce happening qui restera à coup sûr dans les annales et enflammera la toile ! Du carburant gratos pour les « haters », mais une demi-surprise pour ceux qui se rappellent que les gars d’ENHANCER ont tourné comme musiciens de Joey Starr dans le passé.
Alors que les annulations de CAVALERA et TOM MORELLO ont fait bougé les horaires sur les Main Stages, direction la Altar où le death prog’ des allemands d’OBSCURA parvient à prendre le dessus sur l’acoustique pour le moins discutable du duo de scène Altar-Temple, avant de revenir devant la Main Stage 02 où ANTHRAX se prépare à bruler les planches.
Il est assez incroyable de voir la nuée de mains levées lorsque Joey Belladonna demande au public en plein milieu du set : « Qui voit ANTHRAX pour la première fois ? » Après plus de 40 ans à tourner de manière intensive, d’écumer les festivals et les salles européennes dans tous les sens et les moindres recoins, ces milliers de mains en disent long sur le renouvellement du public du HELLFEST, sinon du public Metal dans son ensemble ! Et la réponse de Joey est très simple : « Bienvenue dans la famille » avant d’envoyer « Keep it in the family » au cœur d’une setlist « best-of » dont la bande à Scott Ian nous a depuis longtemps habitué en festival.
« Caught in a mosh », « Got the time », « Madhouse », « Medusa », les hits se succèdent et les new-yorkais se la donnent à fond, le bassiste Franck Bello en tête. Autre habitude pour ANTHRAX, les bouleversements de line-up et cette fois c’est Charlie Benante, blessé à la main qui manque à l’appel sur cette tournée, les futs étant occupés pour l’occasion par le batteur de session anglais Darby Todd connu pour son travail avec Devin Townsend.

« It’s for the kids », nouveau titre issu du prochain album « Cursum Perficio » est livré en pâture et reçoit un accueil chaleureux tandis que sur le coin de la scène, Pearl, l’épouse de Scott Ian tend à Joey une coiffe de chef indien qui vient parfaire un « Indian » de folie qui conclut le set après un « Antisocial » indispensable. Excellent moment, bien trop court forcément avant de rallier la Main Stage 01 pour un autre temps fort de la journée.
Après la claque donnée en 2018 dans ce même lieu lors de la tournée « Eat the Elephant », A PERFECT CIRCLE est de retour à Clisson ! Doté du son le plus clair et le plus massif du week-end, d’une setlist revisitant « Eat the Elephant », « Mer de noms » ou encore le fameux « Thirteenth step » et mené par un Maynard Keenan dont le personnage « live » est aussi énigmatique que son talent est grand, va nouveau frapper un grand coup. Un peu plus d’une heure de jeu, des titres superbement interprétés (« Desillusioned », « Gravity », « Blue ») et une montée en puissance progressive pour un final d’anthologie sur « Judith », la messe est dite et bien dite ! Allez, on parie sur TOOL à Clisson en 2027 ?
Pas le temps de tergiverser, la Main Stage 02 nous appelle pour les adieux de Dave Mustaine. Et oui, il y a une fin à tout et nombre de nos idoles nous habituent à notre grand regret à tirer leur révérence sur scène, année après année. Et ce soir, c’est MEGADETH qui s’y colle. Et même si l’on se dit secrètement que ce n’est qu’un « au revoir », il est difficile de ne pas ressentir une pointe de mélancolie tellement ce groupe et son leader nous ont donné du plaisir tout au long de ces quarante dernières années.

« Tiping point », « Take no Prisoners », « Sweating Bullets », « I Don’t Care », la setlist nous promène entre hits incontournables et titres issus des dernières productions du ‘Deth, la cohésion du groupe est juste incroyable et même si le chant de Dave nous laisse penser que le grand rouquin n’a pas une santé de fer, au moins il ne se cache pas derrière des overdubs et des bandes. Ça joue vite et fort, les duels de guitares entre Dave et Teemu sont phénoménaux (« Let there be shred ») et la rythmique James Lomenzo / Dirk Verbeuren tourne à plein régime. Les 75 minutes du set passent comme une balle, et le final en cinq acte « Countdown …/ Tornado …/ Symphony …/ Peace sells … / Holy Wars » confirme le statut de maître incontesté du Thrash de MEGADETH.
Après une telle déferlante, le show de LIMP BISKIT sur la Main Stage 01 me permet de redescendre en pression et même si j’apprécie énormément Fred Durst et Wes Borland, j’ai du mal à adhérer au concept qui consiste à marquer des temps ports et des intermèdes sans fin entre chaque titre. Quoi de pire pour tuer l’énergie d’un concert alors même que la setlist proposée ce soir comptait nombre de moments forts comme « My generation », « Living it up » ou encore « My way » et « Nookie ».

Il est enfin temps de conclure cette troisième journée, et c’est HATEBREED qui s’en charge sur la Warzone où, à l’image de MEGADETH, Jamy Jasta et ses potes s’alignent eux aussi pour la huitième fois de leur histoire sur l’affiche du HELLFEST pour une heure de folie Hard-Core de premier choix !
Dimanche 21 juin :
Quatrième et dernière journée de la 19ème édition du HELLFEST ! Le programme des Main Stages alterne entre groupes plutôt faciles à se mettre sous la dent (The DWARVES, The ATARIS, The BONES, …), des jeunes pousses dont on parle de plus en plus dans le milieu Metal-Core (REVNOIR, RESOLVE …) et grosses pointures comme ARCHITECTS et BAD OMENS.
Coté Altar et Temple, le menu est juste gargantuesque, entre SIX FEET UNDER, POSSESSED, NAPALM DEATH, MARDUK, ou encore MAYHEM et SCOUR et le couple Warzone – Valley Stage n’est pas en reste.
C’est précisément sur ce dernier duo de scène que je jette mon dévolu et je grille littéralement sur pied durant le set des BLACK TUSK. Mais comment ne pas tenter de jouer sa vie face au sludge motorheadien du quatuor de Savannah ? Et ce n’est pas la suite, avec le mix Sludge / Grind de SOILENT GREEN qui va me faire regretter mon choix, tellement a musique si particulière voire carrément chaotique du combo de la Nouvelle Orléans est prenante !

C’est le dernier jour, donc on donne tout, ce qui évite à ce cleptomane de Mike Williams, le chanteur de EYEHATEGOD de vous faire les poches durant le set de son groupe, toujours sur la Valley Stage. Déjà vu plusieurs fois sur la même scène à l’époque où elle était couverte, c’est un vrai bonheur de débrancher son cerveau et de laisser Jimmy Bower et ses potes prendre les commandes de nos neurones le temps de quelques cradingueries comme « White Nigger » ou « New Orleans is the New Vietnam » !
Il fait bon vivre, adossé à la crash-barrier de la Valley Stage alors on profite de la vue et du show immanquable de CORROSION OF CONFIRMITY, piloté par un Pepper Keenan presque légendaire, tellement le garçon a roulé sa bosse depuis les 80’s sur les routes et dans les clubs et les scènes les plus improbables de la planète. Responsable d’un « Good God / Baad Man » récent atterri dans les bacs et qui parfait la discographie déjà haut de gamme du combo, le groupe nous livre son fameux sludge-stoner saupoudré de southern rock qui sent bon l’alcool frelaté et clôt son set par un « Clean my wounds » qui guérit de tout ! Génial !

S’il y a un groupe qui a fait sacrément buzzer la toile lors du dévoilement de l’affiche du HELLFEST 2026, c’est bien ACID BATH ! Ces précurseurs du Sludge, responsables des perles que « When the Kite String Pops » et « Paegan Terrorist Tactics » au milieu des 90’s et dont la mort tragique du bassiste Audie Pitre a précipité la fin en 1997 est de retour parmi les vivants ! Et ça, c’est un évènement ! Ce groupe, qui a forgé ce son si caractéristique, qui est cité en référence par tant de musiciens est de retour et nous livre le meilleur de ces deux fameux albums, sous le regard incrédule et humide de fans qui se pincent pour être surs de ne pas rêver !
Alors que NAPALM DEATH pratique la destruction auditive massive sur la Altar Stage, retour sur la Valley pour le point final du week-end et le show de DOWN. S’il y a bien un artiste qui tout au long des éditions a marqué de son empreinte le HELLFEST tel un sparadrap sur le doigt du capitaine Haddock, c’est bien Phil Anselmo. L’illustre chanteur de feu-PANTERA a joué un nombre incalculable de fois à Clisson, avec SCOUR, les ILLEGALS, SUPERJOINT RITUAL, EYEHATEGOD, et bien entendu DOWN, le supergroupe de la Nouvelle Orléans dans lequel on retrouve Pepper Keenan (C.O.C.), Jimmy Bower (EYEHATEGOD), ou encore Kirk Windstein (CROWBAR) … Bref, la fine fleur de la Nouvelle Orléans !

Et c’est sur les riffs de « Lifer », « Pillars of Eternity », « Stone the Crow » et autres « Bury Me n Smoke » que l’on se laisse une dernière fois embarquer dans cet univers parallèle, cette parenthèse intérieure connue des seuls initiés, des accros du mosh-pit, des furieux du wall-of-death, des moules de la crash-barrière et des bouffeurs de poussière, tous réunis dans cette fosse si familière où tous ensemble nous connectons la Vibration Ultime, celle des fans de musique extrême !
Vivement 2027 !
YvesZ.